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Mise à jour :

19 août 2003

 

Pierre Lafontaine

 

CONSEIL D’ADMINISTRATION

Pierre Lafontaine a été directeur général de la Table régionale des organismes communautaires de Lanaudière ( TROCL ) de 1994 à 2002 ; il est le premier à occuper ce poste. Il a été un des pionniers de la mise sur pied de la Coalition des tables régionales d’organismes communautaires du Québec ( 1996 ). La TROCL a, en novembre 2000, été honorée en tant que lauréate du Prix de l’initiative communautaire Henri-Pichette décerné par la Société nationale des Québécoises et Québécois de Lanaudière. M. Lafontaine a travaillé dans le domaine de la prévention communautaire du crime sur le territoire de la ville de Montréal ( 1985-1990 ). À cette époque, il a fait partie de la délégation montréalaise à la Conférence internationale sur la sécurité dans les villes ( 1988 ).

 

MESSAGE

DU PRÉSIDENT

MOT DE LA

DIRECTRICE GÉNÉRALE

TROPHÉE

CLAUDE-MASSON

FORUM INTERNATIONAL SUR LE BÉNÉVOLAT

LE BÉNÉVOLAT :

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MAINTIEN À DOMICILE

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Mais actuellement, ce à quoi on assiste socialement

- et c'est bien dommage -

ce sont les grands dangers que court le bénévolat,

en termes de récupération et de désengagement

 

Société en changement : besoins et risques d’aujourd’hui

Vendredi 21 septembre, 13h30 – 15h30

 

Monsieur Lafontaine débute sa conférence en avouant qu'à prime abord, il ne savait pas comment aborder le sujet à traiter. C'est alors qu'il a consulté le site Internet de Mgr Gaillot. Se référant à la conférence d'Oslo où il traitait des mines antipersonnel, il s'est inspiré de sa conclusion qui se terminait sur cette pensée : " Comme il est difficile d'être au service de la vie et de la respecter ".

 

M. Lafontaine s'attarde d'abord sur le côté beauté de l'acte bénévole, le côté générosité, le côté imaginatif du volontariat, de la liberté d'expression, de l'autonomie. Mais actuellement, ce à quoi on assiste socialement - et c'est bien dommage - ce sont les grands dangers que court le bénévolat, en termes de récupération et de désengagement.

 

Situons ici qui sont ces bénévoles au Québec et au Canada. En l'an 2000, 95% des bénévoles se sont investis pour le mieux-être de leur communauté, sans autre motivation particulière. Certains se sont impliqués parce qu'ils croyaient à la cause, 75% l'ont fait pour mettre en valeur leurs aptitudes et leurs expériences, d'autres parce qu'ils étaient directement touchés par l'œuvre à laquelle ils participaient.

 

Statistique Canada rapporte qu'en l'an 2000, il y avait 6,5 millions de Canadiens impliqués dans des actes bénévoles, avec une moyenne de 172 heures chacun, représentant 549 000 emplois à temps plein. Au Québec, cela représente 91 000 emplois, soit 1,1 million de bénévoles. Dans Lanaudière seulement, on peut dire que de façon organisée, il y a quelque 10 000 bénévoles représentant environ 700 emplois rémunérés.

 

L'acte bénévole a toujours existé. Il s'est régulièrement pratiqué à petite échelle, soit dans les familles, les collectivités, entre voisins, etc. Cet acte est librement consenti, donc sans obligation. C'est une forme de l'expression de la citoyenneté. Mais il y a de grands risques à cause de la transformation sociale.

 

En terme de besoins, il y a dans notre société davantage d'isolement, puis s'ajoutent le vieillissement de la population, l'appauvrissement des familles, l'augmentation de l'écart entre riches et pauvres, le désengagement des gouvernements, ainsi que la transformation du réseau de la santé et le virage ambulatoire survenus dans les années 90.

 

On peut parler non pas de la récupération mais des récupérations de l'acte bénévole qui est un geste libre et gratuit. Il y a eu le mythe de la fin de l'État-providence mais c'est un mythe car ça n'existe pas l'État-providence. Il y a eu les collectivités qui, pendant nombre d'années, avec leurs impôts, leurs taxes, leurs contributions sociales, se sont donné des services. C'est ce qui a été appelé l'État-providence. Mais un jour les gouvernements ont changé de cap. Sous le principe du déficit zéro et de la réduction des dépenses publiques, on a mis fin à un certain nombre de services.

 

Dans les années 80, la Commission Rochon a transformé le réseau de la santé. Depuis 1995, la Commission Rochon parlait de recours à des ressources plus légères. On s'est alors tourné vers des groupes communautaires qui reposent en partie sur l'action bénévole. On arrêtait de donner des services pour laisser la place aux bénévoles, il y avait substitution d'emplois.

 

Pourtant, aucun bénévole ne s'impliquait parce qu'il voulait pallier au désengagement de l'État ! Ce désengagement a créé toutes sortes de tensions sociales : par la substitution d'emplois qui n'ont jamais été remplacés, par les retraites massives instaurées en 1998. Le gouvernement s'est sans doute débarrassé de conventions collectives !

 

Un des principaux dangers que vit actuellement l'acte bénévole lequel, en soi, est tellement beau, c'est que l'on peut dénaturer la simple volonté de faire du bien. Oui, le gouvernement se désengage et fait de plus en plus appel à la population par le biais du bénévolat organisé. Depuis 1995, les budgets des groupes communautaires ont doublé, passant de 5,5 millions de dollars à plus de 11 millions.

 

Pourtant, l'acte bénévole est toujours gratuit, ce sont les structures qui ont grossi car on les a subventionnées davantage. Qu'est-il advenu de l'essence même du geste volontaire du bénévole ?

 

Monsieur Lafontaine dit avoir vu des bénévoles se chicaner entre eux pour savoir lequel ferait le plus d'accompagnement durant le mois afin de retirer le plus gros chèque. Et ce n'est pas un cas isolé car après enquête, il a constaté qu'un certain nombre de bénévoles se font rembourser plus de 1000 $ par mois pour leurs déplacements ; un bénévole a reçu en un seul mois une somme de 1 645 $. On est d'accord pour que les bénévoles soient remboursés des frais d'utilisation de leur véhicule mais sans plus, sinon où est le bénévolat ?

 

Et ici on parle uniquement de bénévolat organisé. Toutes les structures coûtent de l'argent et puisque le gouvernement les subventionne, c'est que cela doit être rentable. Il calcule que chaque dollar investi doit en rapporter quatre. Mais est-il en train de dénaturer le bénévolat qui au départ doit être un geste volontaire ? Par ce bénévolat qui remplace les services antérieurement fournis par le gouvernement, monsieur Lafontaine exprime sa crainte que l'on soit en train de perdre la beauté du geste bénévole. Il se demande si nous ne sommes pas en voie de devenir des travailleurs au noir ?  

 

De profiter d'un système qui a prouvé qu'il fonctionnait mal parce qu'il cause des déficits et que les bénévoles font maintenant ce travail parce que ça coûte moins cher ? Il faut au moins se permettre de nous poser ces questions.

 

L'acte bénévole représente la qualité du tissu social. Il y a 30, 40, 50 ans, on faisait des corvées entre voisins pour bâtir des maisons et s'entraider. On ne se posait pas la question si ça allait être payant ou pas. C'était un geste naturel et c'est cela l'essence du bénévolat.

 

L'acte bénévole c'est précieux parce que ça représente la qualité d'une communauté, sa vitalité. Le geste doit continuer d'être libre et volontaire. Ce doit être la priorité de la personne qui le pose et non celle du gouvernement. Ou alors, verrons-nous le problème qu'il n'y aura plus d'actes volontaires ? Y a-t-il un risque ? Non seulement il y a risque mais des exemples le prouvent abondamment. 

 

Monsieur Lafontaine parle de la compassion qui lui semble être la base de la bonté, de l'amour et de l'acte bénévole. Il termine par une citation tirée du livre du Dalaï Lama ( 14e  ) intitulé L'art du bonheur et qui se lit comme suit :

 

" Il existe un type de compassion qui ne repose pas sur le fait que telle ou telle personne me soit chère mais plutôt sur la considération suivante : tous les êtres humains caressent le désir d'être heureux et de surmonter leurs souffrances, tout comme moi-même ; et tout comme  moi-même ils ont naturellement le droit de réaliser cette aspiration fondamentale. Une fois reconnue cette communauté d'aspiration, il se déploie un sentiment d'affinité et de proximité avec l'autre, qu'il soit perçu comme un ami ou comme un ennemi. Cette compassion repose davantage sur les droits fondamentaux que sur nos propres projections mentales. "

 

On ne peut empêcher l'initiative de créer et de se prendre en main, ajoute monsieur Lafontaine. L'ensemble des peuples a besoin d'exprimer l'imagination de la communauté.

 

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